23/09/2019

Vous avez été nombreux à participer à la dictée Plumes d'Équinoxe proposée par Jean-Pierre Colignon dans le cadre du Salon du Livre à la salle Jeanne d'Arc.
Afin de déjouer les pièges de la langue française et les nombreux jeux de mots il fallait avoir l'ouïe fine... alors 20/20 ou zéro pointé ?
À vous de le découvrir avec la correction ci-dessous.
Félicitations aux gagnants et bravo à tous les participants !



Dictée ludique du Salon « Plumes d’équinoxe »
Le Croisic  -  22 septembre 2019


Tous les chemins mènent au rhum…
 
Curieux équipage de trois-mâts que celui-là ! Étonnant objectif fixé à son commandant !... Fiers des travaux de leur concitoyen Pierre Bouguer, le fameux mathématicien, astronome et géographe né au Croisic sous le règne du  Roi-Soleil,    les notables de la ville, soutenus par les représentants de Louis XV, décidèrent d’armer un navire afin d’aller à la recherche d’une île lointaine dont le fameux cartographe flamand connu sous le nom de Gérard Mercator avait pensé, il y avait quelque deux cents ans, qu’elle était le centre des terres émergées…
Partant du principe que Mercator n’avait à sa disposition, quasiment, que des portulans établis par des Génois et des Vénitiens,  d’aucuns pensèrent qu’il fallait donc repartir de ces documents. Ce sont les mêmes qui croyaient qu’une pagaie est triste… Plus d’un explorateur amateur se porta volontaire, s’imaginant que cela se réduirait à une balade maritime facile, surtout si l’on s’élançait par un temps d’été stable !…
Des marins censés être plus expérimentés, qui s’étaient pliés en quatre en entendant les inepties des blancs-becs, rappelèrent que des planisphères plus récemment élaborés seraient bien plus fiables.
Le projet, quoi qu’il en soit, fut mené à terme. Le commandement fut confié à un noble morose, un aristocrate à l’allant terne, aux yeux vairons. Le bosco, un vieux loup de mer, n’avait plus, de l’avis général, dût-il s’aider d’une longue-vue, les yeux de ses vingt ans, au point que d’aucuns se demandaient si, à l’approche d’un port, il était capable de voir l’amer. 
Si la mer faisait toujours rêver, ce voyage à l’objectif  incertain, à l’encadrement hasardeux, et donc au parcours peut-être erratique,  n’enthousiasmait pas les foules : des matelots, plutôt que de risquer de boire la tasse un jour en s’embarquant sur ce rafiot, préféraient rester à quai pour siroter un bon muscadet ou un léger graves bien tempéré. De plus, il était vrai que par grand vent, dans les parages, on avait vu beaucoup de mâts choir, ces dernières années…
… Le navire, équipage au complet, revint huit mois plus tard, pour la Saint-Amédée. Si le centre des terres émergées restait un mystère, chacun semblait ravi des escales effectuées en des terres accueillantes baignées par des eaux émeraude. Manifestement, la route du rhum, elle, avait été trouvée !

©  Jean-Pierre Colignon, septembre 2019